Développer un espace de coworking dans un village entouré de villes petites et moyennes et avec une très forte saisonnalité requiert de la détermination et de la créativité . Chez Desk, le logiciel tout-en-un du coworking, nous sommes allés à la rencontre de Cécile Héber-Suffrin, qui a pris la direction de L’Estran à Saint-Briac-sur-Mer en octobre 2020. Entre revue des offres, automatisation des tâches et animation de l’espace, Cécile Héber-Suffrin nous livre les secrets qui lui ont permis de transformer L’Estran en quelques années.
Bonjour Cécile, pouvez-vous vous présenter et présenter L’Estran ?
Je suis Cécile Héber-Suffrin, j'ai une activité d'accompagnement en conduite de projets et RSE. Concrètement, j'aide les entreprises à trouver des solutions réalistes à leurs problèmes et à être prêtes à s'adapter au monde qui vient.
La mairie de Saint-Briac avait mis en place l'espace de coworking L'Estran il y a dix ans, dans l’ancien logement du receveur de la Poste : ils appelaient alors cela « centre d'affaires ». Ils avaient bien senti qu'il y avait un besoin, avec le développement du télétravail et des mico-entreprises.
J'ai récupéré la gestion de L’Estran en octobre 2020. C'est un petit espace de coworking : trois bureaux individuels, deux bureaux partagés et une petite salle de réunion/coworking. C'est un défi et une chance d'avoir un espace de coworking dans un village d'un peu plus de 2 000 habitants !
L’espace fonctionne très bien pendant les périodes de vacances scolaires des Franciliens, qui viennent depuis le Covid pour télétravailler pendant que les enfants sont en vacances avec les grands-parents. Mon défi est de le faire tourner tout le reste de l'année.
Avec le recul, est-ce que vous avez noté une évolution dans les attentes ou la fréquentation entre octobre 2020 et octobre 2026 ?
Clairement, à sa création L’Estran visait une clientèle de micro-entreprises et de télétravailleurs qui étaient là presque toute l'année et cherchaient des lieux pour travailler.
Depuis le Covid, de nombreuses personnes ont quitté Paris ou les grandes villes pour s'installer dans des plus petites communes, accessibles rapidement en TGV. Quand ils ont choisi leur logement, ils ont prévu un bureau dédié chez eux où ils peuvent travailler, et ressentent moins ce besoin d'un espace partagé.
En revanche, il reste les périodes de vacances scolaires. Dans les maisons de famille pleines d’enfants, il y a beaucoup trop de bruit pour travailler. De plus, on n'a pas encore la fibre à Saint-Briac. Les gens travaillent en partage de connexion ou avec un réseau moyen : ils viennent donc à L’Estran chercher du bon débit, un vrai bureau, un espace calme et la possibilité de vraiment couper, entre professionnel et personnel. Et pendant la pause déjeuner ou le soir, ils vont à la plage.
Je vois aussi de plus en plus de personnes qui viennent pour des week-ends prolongés : j'ai du monde le vendredi et le lundi. En novembre, j'ai élargi les créneaux de réservation de la salle de coworking au-delà des vacances scolaires pour le départ de la Route du Rhum à Saint-Malo !
Plus localement, l’Estran commence à être connu par des professionnels de l’accompagnement, comme les coachs, qui peuvent y organiser leur rendez-vous clients ou des ateliers en petit comité.
Vous avez repris les rênes de L’Estran il y a quelques années : quels ont été vos tout premiers pas à la tête de cet espace ?
La première chose a été de revoir la grille de tarifs. Entre un bureau partagé et un bureau individuel, ce n'est pas la même prestation, donc c'est normal de faire payer différemment.
J'ai aussi instauré un tarif « basse saison », plus abordable. En tant qu'entrepreneuse, le prix classique était trop cher par rapport à ce que je facturais à mes clients. Je voulais proposer une offre adaptée aux micro-entrepreneurs en démarrage ou en développement.
Il fallait aussi remettre L'Estran sur les réseaux sociaux, et communiquer, beaucoup.
Maintenant, je peux me concentrer sur l'animation !
Cette année, je développe une petite programmation d'événements pour qu'il se passe quelque chose tous les 2-3 mois : des ateliers, un événement pour le 8 mars... L'idée est de donner de la visibilité et faire vivre ce bel espace.
L’Estran est un espace de coworking qui accueille aussi des entreprises résidentes à l’année, c’est bien cela ?
Oui ! Actuellement, deux personnes ont leur bureau à demeure. Une personne dans l'activité du bien-être a pris un bureau individuel : on a démonté le bureau pour le mettre dans un placard et elle a installé une table de massage à la place.
Une autre personne, un développeur, a pris un poste dans un bureau partagé ; il vient travailler là, profite du réseau et coupe entre la maison et le travail.
Nous avons également une activité de domiciliation d'entreprise avec une quinzaine d'entreprises domiciliées, dans des domaines d’activité très variés : coach, graphiste, SCI familiales, crêpière en food-truck, conciergerie, organisme de formation…
Quel est le retour qui vous fait le plus plaisir quand un coworker passe la porte de L’Estran pour la première fois ?
C'est d'entendre que c'est vraiment confortable, pratique, et un grand « merci, merci, merci » !
Et puis le fait que le café soit bon ! La machine à dosettes restait la solution la plus adaptée pour la taille de l’Estran. Pour rester au plus proche de ce que je porte avec mes accompagnement en RSE, j'ai choisi la marque française Malongo qui propose des dosettes en papier, du café équitable et bio.
Pour les réunions, on va chercher le café d'un artisan torréfacteur de Saint-Briac, le « Café Celtik», dans la zone artisanale. J'essaie autant que possible de consommer local.
Selon votre expérience, quel est l’indispensable pour gérer sereinement un tiers-lieu ?
L'humour ! Pouvoir entendre certaines réactions ou réflexions et savoir les tourner en dérision. Les premières années, je publiais chaque été sur mon profil Facebook « Les pépites de L'Estran ». C’était aussi une bonne façon d’échanger avec d’autres entrepreneurs et entrepreneuses sur les bonnes pratiques pour répondre aux clients difficiles.
Par exemple, un client qui réserve une place dans un bureau de deux postes, mais arrive avec une deuxième personne : « Je n'ai pas pu avoir accès à la salle ce matin. Elle était déjà occupée et réservée par quelqu'un d'autre ». L'inventivité de certains est assez incroyable. L’humour permet de relativiser !
Vous avez mis en place Desk et Welcomr en octobre 2025 pour automatiser la réservation en ligne et le contrôle d’accès de L’Estran. Y a-t-il eu un avant/après dans votre façon de gérer l’espace ?
Oui ! La gestion est beaucoup plus fluide, notamment l'été. Ça s'est passé tout seul : j'ai eu plus de temps pour observer, être présente, sans être dans la gestion pure. Les clients consultent les disponibilités, réservent en ligne, et reçoivent leurs codes d’accès en autonomie.
J'ai également une fréquentation plus importante, du fait que les gens puissent réserver à la dernière minute, par exemple le dimanche soir à 22h pour le lundi, ou reprendre la place en cas d'annulation. Cela a permis une augmentation du chiffre d'affaires.
Et puis la fluidité : j'ai trouvé des solutions pour les dépassements d'heures, donc je n'ai plus besoin d'avoir mon téléphone sous la main toute la soirée quand je sors l'été, ou si je n’ai pas de réseau quand je pars faire du bateau. S'il y a un problème, je peux même ouvrir à distance !
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui se lance aujourd’hui dans la création ou la reprise d’un espace de coworking ?
Un conseil pratique : prévoir un espace de stockage ! Quand on a une salle de réunion modulable, si on met les tables sur le côté, on perd de la place. Il faut pouvoir stocker les tables et les chaises qu'on enlève, mais aussi les fournitures comme les produits d'entretien, en quantité.
Et prévoir au moins deux espaces de type cabines téléphoniques, où les gens en espace partagé peuvent s'isoler pour passer un appel. Pas trop confortables non plus, pour éviter qu'ils y squattent toute la journée !
J'en ai fabriqué une avec deux panneaux phoniques, il en faudrait désormais une deuxième.
Quelle est la réalisation dont vous êtes la plus fière pour L’Estran ?
Il y a quelques années, on avait organisé avec un réseau d’entrepreneuses une journée de l’entrepreneuriat au féminin. Du bilan de compétences jusqu'au prévisionnel avec un comptable, la communication, le développement... C'était sous forme de speed-meeting d'un quart d'heure. Cela avait fait venir beaucoup de monde et montré l'adaptabilité des bureaux.
Et puis les marchés de Noël que l'on a faits ces dernières années, avec des créateurs et entrepreneurs locaux. Cette année, ce sera un atelier culinaire autour des algues.
Un petit indice sur ce qui attend L’Estran pour la suite ? Quels sont vos prochains défis ?
Je prévois des animations en lien avec la RSE : l'environnement, l'océan, l'inclusion, la sécurité au travail... Le défi va être de les remplir, de communiquer… continuer de rendre L'Estran visible et vivant toute l’année.
Un grand merci pour cet échange. Un dernier mot ?
Merci à Desk qui a changé ma vie et m’a permis de libérer du temps pour la conduite de projets et la RSE.

